Kathy Poire
Entrevue et photographie / Catherine Bernier
en collaboration avec Milo & Dexter
Illustratrice et animatrice 2D originaire de Montréal, Kathy Poire nous invite dans un univers où l’absurde côtoie la douceur, où la couleur adoucit la réalité sans pour autant en atténuer les contours. À travers sa palette ludique — feutre, crayon, gouache ou pinceau numérique —, elle cherche à nous faire sourire, réfléchir et prendre le temps de nous arrêter, même lorsque ses sujets portent en eux des ombres plus profondes.
Son travail allie à parts égales légèreté et réflexion. « J’aime ajouter une touche d’humour au quotidien — pour transporter les gens, ne serait-ce qu’un instant, dans un univers haut en couleur », explique-t-elle. Son œuvre est souvent imprégnée d’une conscience du monde vivant — animaux, plantes, écosystèmes fragiles — et d’un appel discret à les traiter avec soin. « Un peu d’humour absurde et léger nous permet de prendre du recul, pour mieux comprendre notre monde où tout va si vite. »
C'est par le design que Kathy s'est orientée vers l'illustration : après avoir passé des années à créer des imprimés et des motifs pour la mode enfantine, elle s'est tournée vers la sérigraphie et le design textile, avant d'obtenir un certificat en animation à l'Université Laval. Ce pont entre le monde tactile et le monde numérique définit aujourd'hui son style : curieux, exploratoire, toujours en mouvement.
C'est aux Parcelles qu'elle est venue donner forme à une idée qui mûrissait depuis longtemps : un livre pour enfants qu'elle écrirait et illustrerait elle-même. Elle souhaitait s'éloigner des écrans, retrouver le contact avec ses mains, ses crayons et son propre rythme. Ici, les journées commençaient au son des vagues et du vent dans les feuilles : un café, quelques croquis, une promenade au bord de la mer. L'inspiration venait aussi librement que la marée.
« Être près de l'océan m'a remplie d'énergie et d'idées », se souvient-elle. « Même quand je ne travaillais pas, j'avais l'esprit libre pour imaginer de nouveaux personnages et de nouvelles histoires. »
Au cours de son séjour, elle a approfondi son exploration des crayons de couleur : superposition, estompage et découverte des textures qui donnent vie à ses illustrations. Ce fut un retour à la joie simple et tactile du dessin, une façon de se recentrer après des années passées devant des écrans.
Pourtant, le plus grand défi venait de l’intérieur : la discipline qu’exige le travail autonome. « Travailler sur un projet personnel sans échéances peut être à la fois merveilleux et terrifiant », admet-elle. Se fixer ses propres repères est devenu partie intégrante du processus créatif lui-même — un rappel discret que l’art s’épanouit non seulement dans la liberté, mais aussi dans l’intention.
« Même lorsque je ne travaillais pas activement sur mon projet, j'avais l'esprit suffisamment libre pour réfléchir à différents scénarios et personnages pour le livre. »
- Kathy Poire
Le calme de Seaforth, la chaleur de la communauté et les phoques curieux qui faisaient surface devant le chalet resteront gravés dans sa mémoire, tout comme l'odeur salée de l'océan qu'elle aurait tant aimé ramener chez elle.
Pour Kathy, l’art reste un pont — entre les personnes, les cultures et les générations. « L’art a cette capacité unique de susciter des émotions, d’ouvrir le dialogue et d’inviter à la réflexion. C’est un merveilleux moyen de nous rapprocher les uns des autres et de redonner de la beauté à notre monde. »
Selon elle, des résidences comme The Parcelles offrent aux artistes ce qu’il y a de plus rare : le temps et l’espace nécessaires pour renouer avec leur propre voix. « Catherine et Gabriel ont créé un cocon où la créativité se sent vraiment chez elle. »
Suivez Kathy Poire/ @kathy_poire
Portraits par Catherine Bernier / @cath.be
Cardigan en laine canadienne par Milo & Dexter / @miloanddexter