Lawrence Moon

Entretien réalisé par Catherine Bernier

Photographie de Jean-Christophe Yelle

Au cours de sa résidence à The Parcelles, à Lac-Beauport, le compositeur et artiste sonore Lawrence Moon a transformé le chalet en un espace d'écoute paisible, enregistrant des sons du terrain et commençant à composer la bande originale d'un court-métrage réalisé par son collaborateur de longue date, Jean-Christophe Yelle.

À la croisée de la musique d'ambiance, des enregistrements sur le terrain et de la conception sonore cinématographique, son travail explore la solitude, les liens entre les personnes et les paysages émotionnels véhiculés par le son.

Dans cet entretien, Lawrence évoque la créativité comme un ancrage, l'influence de la paternité sur sa vie artistique et l'importance de préserver un espace dédié à la création.

 

Parlez-nous de vous et de votre travail.

Je m’appelle Maxime Lawrence (Lawrence Moon), je suis compositeur et artiste sonore et je vis au Québec, au Canada. Mon travail s’inspire de la nature et de la manière dont les enregistrements sur le terrain, les paysages sonores ambiants et les textures génératives peuvent se fondre avec les structures mélodiques qui façonnent ma musique.

Mon premier album, *sonder* (2026), explore les thèmes de la solitude, de la distance et des liens discrets qui nous unissent les uns aux autres.

En quoi votre parcours culturel ou votre histoire personnelle influencent-ils votre pratique ?

Ma relation avec la musique d'ambiance a commencé à l'adolescence. C'était l'une des rares choses qui m'apportait régulièrement un sentiment de paix dans un monde intérieur souvent marqué par l'anxiété. Au fil du temps, ma pratique est devenue un moyen d'explorer et d'exprimer mes expériences de dissociation, en utilisant le studio d'enregistrement comme un havre de paix chaque fois que le monde me semblait lointain ou fragmenté.

C'est là que le concept de « sonder » a pris une place centrale dans mon travail le plus récent. Le « sonder » est la prise de conscience que chaque passant mène une vie aussi intense et complexe que la vôtre. Pourtant, pour une personne en proie à l'anxiété ou à la dissociation, ce lien ténu peut sembler incroyablement fragile. Ma musique est une tentative de combler ce fossé — en transformant les sentiments d'isolement en une expérience partagée de présence, d'épanouissement et de connexion.

J'aborde la musique d'ambiance un peu comme un sculpteur qui travaille de haut en bas. C'est un processus qui consiste à retirer des couches, à jouer avec les textures et à trouver l'équilibre entre la lumière et l'ombre.

Quelles étaient vos intentions pour cette résidence et comment s'est-elle déroulée ?

Mon objectif principal pour cette résidence était de me créer le temps et l’espace nécessaires pour commencer à composer la musique d’un court-métrage dans lequel j’aurai l’honneur à la fois de jouer et de créer la bande originale. Je suis profondément inspirée par la vision de mon ami et cinéaste Jean-Christophe Yelle. Nous avons collaboré sur plusieurs projets, et chacun d’entre eux m’a permis de m’épanouir en tant qu’artiste.

Les premiers jours de la résidence ont été incroyablement productifs. J’ai pu esquisser trois ou quatre compositions qui ont constitué une base solide pour le reste de mon séjour. Lorsque Jean-Christophe m’a rejoint pour la deuxième partie, nous en avons profité pour affiner l’orientation musicale du film tout en approfondissant nos discussions sur la personnalité du personnage que je vais incarner à l’écran. C’est un travail assez particulier quand le visionnage de films et de courts-métrages fait partie intégrante du processus de recherche.

Au-delà du travail technique, je suis toujours reconnaissant de pouvoir consacrer du temps sans interruption à mon art. En tant que jeune père, trouver un équilibre entre les nombreux rôles que j’endosse dans ma vie a été un véritable défi. En ce sens, cette résidence s’est également révélée être une expérience enrichissante qui m’a appris à préserver un espace pour ma pratique créative au sein d’un parcours personnel en constante évolution.

Pourriez-vous nous décrire une journée type pendant votre internat ?

Une journée type pendant la résidence commençait généralement par une douche et un café préparé à la cafetière à piston (un demi-décaféiné, c’est mon compromis de la trentaine). Je passais la première heure à réécouter les sessions de travail de la veille tout en dressant une liste des tâches à accomplir pour les heures à venir.

Mon énergie créative atteint généralement son apogée tôt le matin et tard le soir ; j'ai donc organisé mon emploi du temps en fonction de ces moments propices à la composition. Les après-midis étaient réservés à des tâches moins exigeantes intellectuellement : explorer les environs, réaliser des enregistrements sur le terrain et passer en revue des idées pour les sessions à venir.

En quoi le paysage ou l'atmosphère des environs ont-ils influencé votre processus créatif ?

L'environnement dans lequel je compose a toujours une influence considérable sur mon travail. Je trouve un réconfort particulier dans le chaos serein de la nature. Le fait de mettre un casque et d'écouter à travers des microphones est une expérience unique — à la fois isolante et totale. Cela invite à une écoute profonde et attentive, qui semble de plus en plus rare dans nos vies trépidantes.

Au Parcelles, j'ai eu la chance de tomber sur une journée pluvieuse qui a naturellement dicté le rythme de la session. J'ai préparé du café, installé les micros, ouvert la porte-fenêtre et enregistré en continu pendant vingt minutes.

Ce processus m'oblige à rester parfaitement immobile et silencieux. Je profite de ce moment pour méditer ou réfléchir à mon parcours, tandis que l'environnement parle de lui-même. Cela devient une pratique étonnamment belle et apaisante.

Y a-t-il un support ou une technique que vous avez testé et que vous n'aviez jamais essayé auparavant ?

Oui ! Jean-Christophe avait apporté un géophone LOM, un outil que je découvrais pour la première fois. En général, les géophones sont des capteurs industriels utilisés pour détecter les ondes sismiques. La version LOM, en revanche, a été spécialement adaptée à l'enregistrement sur le terrain, ce qui permet de capter les vibrations les plus subtiles du sol et d'autres matériaux.

C'était la première fois que nous l'essayions, et même si nous en sommes encore à nous familiariser avec son utilisation, nous avons obtenu des résultats vraiment intéressants. C'est une façon fascinante d'« écouter » l'environnement sous un angle totalement différent, et j'aimerais vraiment continuer à explorer cette technique pour voir comment je pourrais l'intégrer à mes futurs projets.

« Cette résidence m’a finalement amené à revoir la façon dont je perçois mon rôle de jeune père. C’est extrêmement difficile d’être loin de mon fils et de ma famille, mais j’ai pris conscience à quel point il est important pour lui de découvrir aussi cette facette de ma personnalité. Même si cela implique de m’absenter pour de courtes périodes consacrées à la création, je veux qu’il grandisse en connaissant cette partie de moi. »

-Maxime

Qu'est-ce qui vous a posé le plus de difficultés pendant cette résidence ?

Être loin de ma famille. C'est toujours le plus grand défi.

Comment considérez-vous l'art comme un pont entre les personnes, les cultures ou les générations ?

Je ne vois pas de moyen plus fort pour ressentir ce lien qui nous unit que par l’acte de créer ou de partager de l’art. C’est un processus qui comble les fossés et réduit la distance qui nous sépare. J’ai toujours espéré que ma musique puisse inspirer un sentiment d’unité.

Je suis profondément convaincu que nous sommes tous liés les uns aux autres sur cette Terre et au sein de cet univers. Mais pour ne former véritablement qu’« un », nous devons accorder une grande importance tant à nos similitudes qu’à nos différences. L’unité ne rime pas avec uniformité. Chaque individu est unique, chaque culture est unique, et chaque génération est porteuse d’un savoir qui mérite d’être partagé et préservé. L’art devient alors le vecteur de cet échange.

Avez-vous trouvé l'inspiration dans vos conversations ou vos rencontres avec les habitants ?

L'une de mes tatoueuses préférées, Edena Sawyer, a récemment installé son salon là-bas, et j'ai tenu à lui rendre visite pour me faire faire un nouveau tatouage pendant ma résidence.

Edena est une artiste au talent incroyable : simple, gentille et extrêmement chaleureuse. Pour ma part, même après 25 ans passés à faire de la musique, je suis encore parfois en proie au syndrome de l’imposteur. J’ai remarqué que ces sentiments ont tendance à s’estomper dès que j’entre en contact avec d’autres artistes. Passer du temps avec des créateurs comme Edena m’aide à garder les pieds sur terre dans mon travail et me rappelle le fil conducteur qui relie toutes les formes de création.

Si vous cherchez une artiste talentueuse pour votre prochain projet, je vous recommande vivement de contacter Edena.

Cette résidence a-t-elle changé quelque chose dans la façon dont vous percevez votre propre pratique ou vos futurs projets ?

Cette résidence m'a finalement amené à revoir la façon dont je perçois mon rôle de jeune père. C'est extrêmement difficile d'être loin de mon fils et de ma famille, mais j'ai fini par comprendre à quel point il est important pour lui de découvrir aussi cette facette de ma personnalité. Même si cela implique de m'absenter pour de courtes périodes consacrées à la création, je veux qu'il grandisse en connaissant cette partie de moi.

Mon séjour au Parcelles m’a permis d’approfondir cette prise de conscience et de réaffirmer la place que je souhaite accorder à l’art dans ma vie. Il a renforcé mon désir d’être présente, de partager et, je l’espère, d’inspirer mon fils, quelle que soit la voie qu’il choisira. Je pars avec la conviction bien plus claire que la préservation de ma pratique créative fait également partie de l’histoire que j’écris pour lui.

Quel petit souvenir personnel de votre séjour ici emporterez-vous avec vous en rentrant chez vous ?

En quittant Lac-Beauport, je me suis arrêtée au Café Noisette où j'ai rencontré des gens vraiment adorables. Le café était excellent et le magasin regorgeait de superbes produits locaux. C'était la façon idéale de clore ce chapitre avant de rentrer chez moi.

Selon vous, quel rôle jouent les résidences comme The Parcelles dans le soutien aux artistes aujourd'hui ?

L'équipe de The Parcelles est un véritable modèle en matière d'entrepreneuriat créatif. Il n'y a pas de meilleure façon de soutenir les arts que de les intégrer directement dans un modèle économique — et, dans ce cas précis, en offrant aux artistes du temps et de l'espace à un coût abordable. C'est une manière significative de contribuer à la pérennité des pratiques artistiques.

Franchement, le monde aurait bien besoin de plus de Catherine et de Gabriel !

La résidence de Lawrence au Parcelles est devenue bien plus qu’un simple lieu de création. Elle lui a donné le temps de réfléchir à la manière dont la créativité peut continuer à coexister avec la paternité, les responsabilités et une vie personnelle en pleine évolution.

Grâce à l'enregistrement sur le terrain, au silence et à de longues heures d'écoute, il s'est rappelé que préserver un espace pour l'art est aussi une façon de rester en lien — avec lui-même, avec les autres et avec l'histoire qu'il espère transmettre à son fils.

 

Suivez Maxime Lawrence /@maximelawrence

Portraits de Jean-Christophe Yelle / @jc_yelle

 
 

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