Léonie Lévesque-Robert
Entrevue et photographie / Catherine Bernier
En collaboration avec Milo & Dexter
Au Parcelles, les artistes arrivent souvent avec plusieurs fils conducteurs issus d’une vie consacrée à la création. Pour Léonie Lévesque-Robert, ces fils s’entremêlent avec fluidité entre les arts visuels, l’art du maquillage et l’agriculture. Sa pratique s’articule autour de l’attention portée aux textures, aux gestes et à la poésie discrète du monde vivant.
Au cours de sa résidence à Seaforth à la fin de l’automne, Léonie s’est laissée porter par le rythme plus lent du mois de novembre. Entre de longues promenades le long de la côte, des croquis d’observation et des expériences avec de nouveaux matériaux, elle a laissé sa curiosité et son intuition guider son processus créatif. Il n’en est pas ressorti un projet unique, mais une constellation d’idées : une exploration de la couleur, de la matière et du simple fait de remarquer.
Ci-dessous, Léonie revient sur son travail, son passage aux Parcelles et ces petits moments qui continuent de façonner son parcours créatif.
En quoi votre parcours culturel ou votre histoire personnelle influencent-ils votre pratique ?
J'ai fait des études d'art, et la peau est rapidement devenue mon support de prédilection. Cela fait maintenant 15 ans que je travaille dans le cinéma et la photographie en tant que maquilleuse. Depuis trois ans, je suis également associée dans une petite exploitation maraîchère biologique. Et l'illustration n'est jamais très loin.
Ces différentes expériences m'enrichissent et m'amènent à développer un langage visuel à la fois simple et évocateur, où se rencontrent poésie, matière et geste. Ma pratique explore les textures et les rythmes du monde vivant à travers le dessin, le trait naïf et l'expérimentation sous forme d'installations.
Tout cela peut sembler décousu, mais pour moi, tout s'imbrique joyeusement.
Quelles étaient vos intentions pour cette résidence et comment s'est-elle déroulée ?
Mon intention était de me réserver un moment pour explorer et jouer avec différents supports, et de passer autant de temps que possible dehors — même si c'était en novembre.
Les premiers jours ont été très intenses : j'ai lancé plusieurs projets en même temps parce que je voulais tout faire. Dès le troisième jour, j'ai trouvé un rythme plus tranquille. Ça m'a fait beaucoup de bien de sortir de ce cycle de productivité. Et j'ai passé beaucoup de temps dehors.
Pourriez-vous nous décrire une journée type pendant votre internat ?
Je me réveille naturellement, sans réveil. Je me prépare un thé hojicha et je pars faire ma petite balade matinale. Je réalise quelques croquis d'observation et je note les couleurs dans mon carnet.
Ensuite, je m’installe pour travailler : je m’attelle à un projet de papier mâché, je peins ou je fais autre chose. En fin d’après-midi, quand le soleil touche la côte, j’enfile les bottes de pluie de ma grand-mère, qui nous a quittés, et je descends jusqu’à l’océan.
En quoi le paysage ou l'atmosphère de Seaforth ont-ils influencé votre processus créatif ?
Les couleurs et la lumière de novembre m'ont beaucoup inspirée. Le ciel changeant, le houx qui apparaît partout sous forme de petits points rouges.
J'étais plongé dans un silence presque total — on n'entendait que le bruit des vagues et le chant des oiseaux. Cela m'a permis de faire de la place en moi et de m'ouvrir aux idées et à l'inspiration.
Y a-t-il un support ou une technique que vous avez testé et que vous n'aviez jamais essayé auparavant ?
Du papier mâché !
« J’étais plongé dans un silence presque total — on n’entendait que le bruit des vagues et le chant des oiseaux. Cela m’a permis de faire de la place en moi et de m’ouvrir aux idées et à l’inspiration. »
-Léonie
Qu'est-ce qui vous a posé le plus de difficultés pendant cette résidence ?
Ma notion du temps — qui n'était déjà pas très développée — a complètement disparu. Je pense aussi que j'aurais dû emporter des plats préparés, car lorsque la faim se faisait sentir, j'étais souvent en plein travail et je n'avais aucune envie de cuisiner.
Comment considérez-vous l'art comme un pont entre les personnes, les cultures ou les générations ?
J'ai découvert l'artiste Maud Lewis à la Nova Scotia Gallery. Son histoire et son art m'ont profondément émue.
Je n'ai pas le statut d'artiste professionnelle, je ne peux donc pas prétendre à la plupart des bourses, et il m'arrive parfois d'avoir le sentiment d'être une imposteur. En découvrant le travail de cette femme — qui n'aurait sans doute jamais imaginé que ses tableaux seraient un jour exposés dans un musée —, je me suis rappelé que ce qui compte vraiment, c'est l'élan créatif.
Cela a considérablement renforcé mon intérêt pour l'Art Brut.
Cette résidence a-t-elle changé quelque chose dans la façon dont vous percevez votre propre pratique ou vos futurs projets ?
Il faut laisser le temps à ce que l'on souhaite voir s'épanouir.
Quel petit souvenir personnel de votre séjour ici emporterez-vous avec vous en rentrant chez vous ?
Le faucon perché au sommet du pin.
Le cerf sur la plage.
Ce jour-là, il faisait froid et une fine couche de glace s'était formée sur l'eau ; elle craquait sous mes pas.
Et bien sûr, quelques coquillages au fond de mes poches.
Selon vous, quel rôle jouent les résidences comme The Parcelles dans le soutien aux artistes aujourd'hui ?
Le temps et l'espace sont les éléments les plus précieux pour nourrir toute pratique artistique. Offrir ce genre de pause dans une vie par ailleurs trépidante revêt une réelle importance.
Le séjour de Léonie aux Parcelles ne s’est pas traduit par une œuvre achevée, mais par un approfondissement progressif de son attention — portée à la couleur, au rythme et aux détails discrets du paysage. Entre les séances de dessin, les expériences avec le papier mâché et les longues promenades le long du rivage, sa résidence est devenue un espace d’écoute autant que de création.
À bien des égards, ses réflexions nous rappellent que la pratique artistique ne suit pas toujours un chemin rectiligne. Elle serpente, s’imprègne d’influences et se développe lentement, à l’image des rythmes de la terre qu’elle observe si attentivement.
Parfois, ce qui compte le plus, c'est simplement de laisser aux idées le temps et le calme dont elles ont besoin pour émerger.
Suivez Léonie Lévesque / @lehonye
Portraits par Catherine Bernier / @cath.be
Pull en laine canadienne par Milo & Dexter / @miloanddexter